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E.F.E International - Aider les TPE et PME françaises installées à l'international

Updated: Mar 6, 2021


Ce couple de français, propriétaire depuis deux décennies d'un hôtel de luxe aux Philippines, en lien avec les agences de voyages françaises, ne vend plus de chambre depuis près d'un an.

Le créateur d'une enseigne de viennoiserie et de pâtisserie françaises, a fini par revenir les poches vides dans l'Hexagone.

Autant de récits sur ces grandes oubliées du plan de relance que sont les entreprises créées par des Français à l'étranger torpillées par le Covid-19.


Étant de droit local, elles n'ont accès à aucune aide française, et 87 % d'entre elles, pour la plupart des TPE, ne bénéficieraient d'aucun soutien dans leur pays d'implantation.


Hubert d'Aboville, EFE lui même, dès avril 2020, a alerté nos Députés et Sénateurs sur un problème qui allait rapidement devenir crucial pour les TPE et PME en grandes difficultés installées aux Philippines. Le 14 mai 2020, il organise un webinair « Zoom » regroupant 12 entrepreneurs français des Philippines pour un dialogue sans filtre avec notre Députée Anne Genetet et ses conseillers.

Sans délai, Anne Genetet s'implique corps et âme dans le projet d'un questionnaire d'enquête qui verra le jour quelques semaines plus tard :

A.G.Dans ces activités créées, il y a des joint-ventures, des sociétés de droit local, des filiales, c'est très compliqué de les repérer . Dans ce contexte, je m'associe pleinement à la démarche d'une enquête mondiale, initiée par le réseau des conseillers du commerce extérieur, afin de mieux comprendre la quantité et le type d’entreprises créées par des Français en dehors du territoire national (les EFE)».


Car le problème, pour l'heure, est qu'aucune donnée fiable ne permet de les identifier. Tout juste évalue-t-on à 2,5 à 3 millions le nombre de français établis à l'étranger (hors expatriés).


Créer un label France Impact (label France Impact)


« Et pourtant ce sont des entreprises qui vendent la marque France, qui font rayonner notre culture et notre savoir-faire, on ne peut plus considérer que notre influence ne se fait qu'à travers la diplomatie » enrage Anne Genetet, qui dépose fin décembre 2020 une proposition de loi pour créer un label d'Etat « France Impact » permettant d'identifier ces entrepreneurs pour mieux les accompagner.


Qui sont les EFE


Pour rappel, les EFE sont des entreprises de droit local, fondées ou dirigées par des Français, “sans relation capitalistique ou structurelle directe avec un établissement enregistré en France”. Il s’agit principalement de TPE ou PME.


Les résultats de cette grande enquête ont permis de mieux appréhender le profil des entreprises concernées et la mise en œuvre des premières mesures positives par la création officielle le 24 février d’EFE International dans les locaux du CNCCEF, avec la signature des statuts par Renaud Bentégeat, président de CCI France International, et Alain Bentéjac, président du CNCCEF, deux dirigeants qui se sont personnellement impliqués pour porter ce projet auprès des pouvoirs publics avec le plein soutient des Députés et Sénateurs représentant les Français de l'Étranger.


Profil des entreprises


Le plus souvent, le fondateur est également l’actionnaire majoritaire ou à la tête d’un actionnariat familial.

Leur secteurs d’activités principaux sont le consulting et l’audit, l’alimentation, boissons, vins et spiritueux et l’informatique. Le tourisme et l’hôtellerie-restauration se placent en quatrième et cinquième position.

Il s’agit en général de petites structures dont le chiffre d’affaires est inférieur à 2 millions par an pour 77% d’entre elles. 70% d’entre elles anticipaient un chiffre d’affaires en baisse en 2020, dont 46% de plus de 30% de perte.

Source de financement

  • 75% des EFE sont autofinancées (ressources personnelles et autofinancement). 25% bénéficient donc de ressources extérieures, que cela soit des financements publics ou privés ou via un emprunt bancaire.

  • 91% ne bénéficient pas de financement de la part d’une banque française ou de l’une de ses succursales à l’étranger.

  • 87% ne perçoivent aucune aide publique de la part de leur pays d’implantation.

Les EFE et la France

Le lien avec la France reste fort.

  • 37% des EFE revendiquent la marque “France”.

  • 52% utilisent le savoir-faire français dans le domaine de la propriété intellectuelle, t

  • 33% font appel à la technologie française.

  • 40% utilisent des produits français.

  • 69% des EFE ont recours aux partenariats avec des entreprises françaises (négoce, sous-traitants, fournisseurs de biens et services) .

Le volontariat international en entreprise (VIE) est également plébiscité par 68% des EFE.

Au regard des résultats de cette analyse, le CNCCEF conclue sur l’importante contribution de ces entreprises au commerce extérieur de la France et à son rayonnement. Il estime que les EFE mériteraient d’être éligibles aux dispositifs de soutien financier français.


Moins d'un an après cette prise de conscience, des propositions de solutions commencent à émerger et la création d'EFE International est une des premières pierres édifiant le futur de la participation de la France au support et développement des Entreprises françaises installées à l'étranger qui font rayonner la culture et le savoir-faire de notre pays.

Hubert d'Aboville, nous confirme qu'il restera très attentif aux évolutions dans ce domaine, considérant aujourd'hui que les avancées sont, certes, limitées aux PME ayant déjà développé une structure capable d'accueillir des VIE, mais que le prise de conscience à tout les niveaux de l'État représente un garant de la volonté d'apporter réponses et solutions adaptées à l'ensemble du tissus entrepreneurial des Français de l'Étranger.

 


L'interview de Français à l'étranger



Alain Taieb, président d’EFE International et Charles Maridor, directeur général d’EFE International, ont réservé à Français à l’étranger l’annonce de ce lancement.

Alain Taieb est également président du groupe AGS Mobilitas et conseiller du commerce extérieur ; Charles Maridor est délégué général de CCI France International.


Français à l’étranger : comment est née cette idée de créer une structure pour les entrepreneurs français de l’étranger ?


Alain Taieb : le sort des EFE est souvent abordé au cours de nos réunions de conseillers du commerce extérieur. On ne les a jamais dénombrées, elles n’ont jamais été mises en valeur, et pourtant ce sont des relais de la France. Pendant la crise, elles ont beaucoup souffert, mais la France ne leur est pas venue en aide. Et pour cause : on n’a pas de dispositif pour cela. Ça n’a pas de sens et la conséquence de cela, c’est que ce maillon important pour le pays souffre.


FAE : est-ce qu’on les connait bien ?


A.T. : non. Personne n’a jamais cherché à les recenser. Il y a une véritable méconnaissance. On est là pour y remédier. Et on va les aider. Ces gens n’avaient droit à rien. Et par exemple pas aux VIE, à l’inverse d’une filiale d’une entreprise française basée à l’étranger. Si vous êtes un EFE, que vous n’avez pas de base en France, vous ne pouvez pas embaucher un VIE. On a voulu trouver une solution rapide à cela. On crée donc une société française et on demande aux EFE qui le veulent de prendre une action. La société est basée en France, elle est inscrite au registre du commerce de Paris. Il faut quelqu’un en France qui soit responsable, ce sera elle.


FAE : comment a été reçue cette initiative ?


A.T. : on a eu l’approbation enthousiaste de Jean-Yves le Drian, et Bercy a suivi également. En six mois on a convaincu tout le monde. On a déjà quatre EFE actionnaires, on discute avec beaucoup d’autres et on en espère des milliers ! Je connais beaucoup d’EFE qui veulent recruter des jeunes ingénieurs, par exemple, qui ont besoin d’un second, éventuellement pour leur succéder. Nous, entrepreneurs privés, avons réussi à régler un problème que personne ne savait régler. Il faut faire confiance aux opérateurs privés.


FAE : EFE International aura-t-il d’autres missions que de permettre aux EFE d’engager des VIE ?


A.T. : oui. Outre le portage administratif de VIE qui sera de loin son activité première, EFE International aura également vocation à porter assistance aux EFE, pour renforcer leurs liens avec la France, notamment pour sourcer des produits et services en France. Cette structure, qui réunit les deux principaux réseaux d’affaires français à l’étranger, s’efforcera également de favoriser la mise en contact de ces EFE avec de potentiels investisseurs français, de France et de l’étranger.

Il est important de signaler que l’accès à ce dispositif sera réservé à des EFE répondant des critères stricts liés à leur contribution au commerce extérieur ou au rayonnement de la France. Grâce à EFE International nous ambitionnons d’ailleurs d’en convaincre beaucoup plus à promouvoir des produits et services de notre pays.


FAE : en quoi les EFE contribuent-ils au rayonnement de la France à l’étranger ?


A.T. : les EFE au sens large sont des entreprises fondées et/ou dirigées par un ou des Français. Elles font, pour nombre d’entre elles, partie du « soft power » français à l’étranger, en diffusant produits ou services d’origine française, ou en faisant la promotion de notre « french touch ».

Celles qui seront ciblées par EFE International sont celles dont l’activité abonde l’économie française, soit directement, à travers la représentation, l’importation, la distribution de produits ou services français, soit indirectement par la recommandation de technologies, produits, services français. Seront également considérée toutes les EFE dont l’activité assure la promotion de la France et d’un savoir-faire français dans le pays de résidence et toutes celle dont le projet est de développer de façon significative les flux d’importation depuis la France ou encore d’investir en France. Pour résumer, il s’agira en quelque sorte d’EFE « portant la marque France ».


FAE : le dispositif ne sera-t-il pas trop coûteux pour les entrepreneurs français de l’étranger ?


A.T. : le coût final du V.I.E. ne sera pas forcément toujours avantageux pour une EFE sur certaines géographies, mais la motivation principale sera évidemment de pouvoir sélectionner et recruter des compétences, des talents français, des personnes qui connaissent bien la France, en bénéficiant par ce statut d’un accès plus facile aux visas de travail notamment. Ces entreprises auront nécessairement la volonté de développer leur courant d’affaires avec la France et de mener une politique de recrutement sur le long terme, visant à renforcer la fibre française dans l’E.F.E.


JFE : Quelles sont les actions qu’engagera EFE International dans les prochaines semaines ?


Charles Maridor : il va falloir faire connaître ces nouvelles possibilités qui s’offrent aux EFE. Nous allons devoir communiquer largement auprès de ces dernières et nous appuyer sur tous les canaux de communication à l’étranger.

Nous avons d’ailleurs lancé il y a quelques jours une grande enquête mondiale, sous une forme inédite, depuis un site web spécialement dédié aux EFE www.forum-EFE.org. L’objectif recherché est de mieux appréhender cette typologie d’entreprise et de mieux mesurer son impact. Cette enquête est en ligne et se réalisera en continu sur plusieurs mois.

Sur le plan opérationnel, nous allons constituer dans tous les pays cibles, des comités de sélection, associant le président du Comité local des CCE, le président et le DG de la CCI FI et un représentant local de Business France ou des services économiques de l’ambassade. Ces comités se chargeront de la promotion du dispositif, de la sélection des EFE et du suivi des VIE, autant que de besoin.

Chaque année, de nouvelles entreprises françaises de l’étranger auront l’opportunité d’entrer au capital d’EFE international, permettant ainsi la création d’un puissant maillage d’EFE partout dans le monde faisant rayonner l’économie française.


FAE : dans le contexte actuel de crise économique, pourrait-on envisager de faire davantage pour les EFE ?


A.T. : La crise sanitaire et maintenant la crise économique que nous traversons ont un impact inédit sur l’activité économique mondiale, sur le commerce international et sur ce tissu d’entreprises initiées ou gérées par des Français de l’étranger,

Bien évidemment dans le contexte actuel, les EFE auraient besoin d’appuis allant bien au-delà de notre initiative sur les VIE, notamment via des soutiens temporaires à leur trésorerie via des prêts garantis par l’Etat (PGE), piste qui est en cours d’exploration avec la Direction Générale du Trésor, mais qui pose encore beaucoup de questions.

 

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